RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Le gentil et/ou le méchant?

La gentille PME face à la méchante multinationale? Cette vision manichéenne est dangereuse

Y aurait-il réellement des gentils et des méchants dans la vraie vie? Notre monde ressemble-t-il à cette représentation du monde, typique des films hollywoodiens? C’est ce que l’on tente de nous faire croire à longueur de journée. Prenons l’exemple de «l’antagonisme» supposé entre les cyclistes et les automobilistes. Doit-on croire que la majorité des cyclistes ne possèdent pas de voiture ou alors n’en utilisent jamais? De même, un nombre grandissant d’automobilistes se déplacent de plus en plus fréquemment à vélo… En réalité, l’immense majorité des citoyens vont panacher leur mode de transport: marche, vélo, voiture, transports publics, selon les destinations, la météo, etc. Ce qui peut surprendre, par contre, c’est qu’une grande partie des utilisateurs de la mobilité douce semble complètement oublier les principales règles de circulation (priorités, vitesses adaptées, etc.). Ce qu’ils ne peuvent faire au volant, ils le font sans vergogne sur les trottoirs ou au feu rouge. Alors le cycliste est-il le gentil ou le méchant?

Plus complexe qu’il n’y paraît

Idem avec les entreprises. Y aurait-il d’un côté la gentille PME et de l’autre la méchante multinationale? Cette vision manichéenne est absurde et dangereuse. Elle encourage la paresse intellectuelle. Cela pourrait contribuer à faire passer l’initiative pour des multinationales responsables. Loin de moi l’idée de faire dans l’angélisme non plus. Certes, les entreprises doivent assumer leurs erreurs et être punies pour leurs fautes. Mais pourquoi diable utiliser la terminologie de «multinationales»? De nombreuses PME suisses n’ont d’autres choix que de travailler à l’international, que ce soit en passant commande de pièces à des sous-traitants, ou en étant elles-mêmes des sous-traitants de groupes basés à l’étranger. Il existe certes des géants, tels les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), qui évoluent dans une autre ligue que la grande majorité des multinationales. Quand bien même ces GAFAM sont actives essentiellement dans l’économie numérique, sont-elles plus «responsables»? Elles qui s’arrangent pour payer le moins d’impôts possible.

Notre démocratie suisse est complexe. Pour continuer de bien fonctionner, elle ne peut cultiver une vision manichéenne. Au contraire, chaque citoyenne et chaque citoyen ne doivent pas oublier leurs devoirs, parmi lesquels celui de s’informer correctement pour se forger une opinion. C’est la raison pour laquelle, dans notre précédente édition, nous vous avons offert deux visions antagonistes relatives à l’initiative de limitation de l’immigration.

Dans l’édition que vous tenez entre vos mains, vous allez pouvoir découvrir les résultats de notre 12e enquête sur les meilleures pratiques en matière de ressources humaines. L’occasion de voir que certaines entreprises n’ont pas attendu que le peuple vote le 27 septembre sur l’octroi ou non d’un congé paternité de deux semaines. Certaines vont d’ailleurs bien au-delà, avec la conviction que c’est le prix à payer pour être attractives aux yeux des nouvelles générations. Comment leur donner tort? Reste qu’à court terme, ce progrès social aura un certain coût. A nous de décider si la Suisse, son économie et ses entreprises ont les reins assez solides pour se le permettre. Rappelons que la défense du pays a aussi un certain prix avec les écoles de recrues et les cours de répétition, et que les entreprises font avec.

A vous de juger, à vous de voter. Sans manichéisme.

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