RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

L’enfer ou le paradis?

Pas un mois ne passe sans qu’une personne «fortunée» vaudoise ou genevoise ne parte s’établir à Schwytz

Il est assez piquant de constater à quel point la perspective d’où l’on se place peut donner une image totalement différente. Il en est de même en matière politico-fiscale qu’en matière artistique. Alors qu’en dehors du pays, certains s’ingénient à qualifier la Suisse de «paradis fiscal», ceux qui vivent ici, et en particulier ceux qui paient leurs impôts en Suisse romande, savent bien que la réalité est tout autre.
Il est également piquant de constater que, pour certains contribuables, il peut être plus agréable d’être imposés dans certaines régions françaises (vous avez bien lu) qu’à Genève ou Neuchâtel, par exemple. Prenons le cas d’un entrepreneur qui sera imposé sur son outil de travail en Suisse. Il verra son taux d’imposition dépasser parfois les 70%! Ce genre de situation est généralement impensable en France. Même résultat étonnant pour certaines grandes fortunes françaises, bien conseillées, qui multiplient les placements au bénéfice de niches fiscales. Selon nos confrères du magazine Capital, en 2018, il existait en France environ 474 niches fiscales représentant pour l’Etat un coût total de 100 milliards d’euros. Certes, l’immense majorité des Françaises et des Français ne sont que peu concernés par ces possibilités, mais tout de même…

Deux fois moins d’impôts annuels

En Suisse, on constate que la progressivité de l’impôt reste élevée, et les déductions limitées, en particulier pour les entrepreneurs. Dès lors, la ponction fiscale est douloureuse en Suisse romande. Pas un mois ne passe sans que tel ou tel membre d’une famille «fortunée» vaudoise ou genevoise, principalement, ne parte s’établir, non pas forcément à Monaco, mais plutôt à Wollerau ou Feusisberg, deux communes sises à Schwytz. En 2 h 30 depuis Lausanne, 3 heures depuis Genève, on passe d’un enfer fiscal à un paradis fiscal. J’exagère? Jugez par vous-même selon l’un des comparateurs en ligne (lequel n’intègre pas l’impôt fédéral direct): Prenons une famille active à l’aise (200  000 fr. de revenus nets par an, deux enfants et une fortune nette de 2 millions de francs), elle paiera 23 674 fr. d’impôts annuels dans ces communes schwytzoises. A l’inverse, dans la commune genevoise où la fiscalité est la moins élevée (Genthod), cette famille devra débourser 45 053 fr. Et sur Vaud, au mieux, elle s’en tirera à 50  503 fr. (à Eclépens, commune la moins chère). A Verbier (réputée pour être parmi les plus généreuses du Valais), la famille en question paiera 47  200 fr.

Et encore, cette différence du simple au double concerne ici le contribuable lambda. Pour les couples avec des revenus nets légèrement inférieurs (150  000 fr.), mais une fortune de 5 millions de francs (le maximum autorisé dans le comparatif en ligne), sans enfant à charge, cette économie entre les communes romandes les plus accueillantes fiscalement et celles de Schwytz passe du simple au triple: 21  115 fr. à Wollerau (SZ), contre 63 317 fr. à Genthod (GE), 60 888 fr. à Eclépens (VD) et 55  553 fr. à Bagnes (VS).

Ces chiffres sont connus et, pourtant, les partis censés se battre pour redonner davantage d’attractivité fiscale à la Suisse romande sont impuissants. Pas étonnant que des dizaines et des dizaines de Romands n’en peuvent plus d’attendre des réformes, parfois promises, toujours remises au lendemain. Une fois les enfants devenus grands, plus grand-chose ne semble retenir ces contribuables autour de l’arc lémanique. Relogés à une demi-heure de Zurich, le sacrifice n’est finalement pas insurmontable. D’autant que de petites communautés d’expatriés romands y ont émergé. A force de ne pas agir pour inverser cette tendance, la situation de la classe moyenne ne peut que se péjorer.

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