Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 48 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Un petit air de l’an 2000

«Depuis quelques semaines, nous croulons sous des recommandations délirantes des analystes»

Oui, je sais, l’an 2000 c’était il y a longtemps, et une quantité non négligeable de gens qui ont vécu cette période bénie et troublée de la finance se sont retirés depuis longtemps. Aujourd’hui, ils se préoccupent plus de leur arthrite ou du temps que met le lait de chèvre pour cailler avant de devenir du fromage. Cependant, certains sont encore là et s’efforcent de se souvenir. J’avoue qu’en cet instant très précis, je me sens un peu seul, mais il va falloir faire avec.

Vertige...

Tout d’abord, il me paraît important de mentionner quelques chiffres. Depuis le 23 mars, le Nasdaq a repris plus de 70%, le S&P 500, censé être un gros veau au regard du Nasdaq, a bondi de 60%. Et lorsque l’on parle des titres individuels, il faut évidemment parler d’Amazon, Apple, Facebook, Nvidia et consorts qui ont tous explosé d’un pourcentage tellement hallucinant qu’ils rendraient malade un gérant de hedge fund hyperagressif. Apple vient de passer les 2000 milliards de capitalisation boursière et en quelques jours elle est déjà 200 milliards au-dessus. 200 milliards, c’est plus de la moitié de Nestlé en termes de valorisation. C’est aussi la valeur de l’entièreté du groupe LVMH. Et ça ne reste que 10% d’Apple. Ce qui a été «gagné» en une semaine de trading, ça fait un sacré paquet de sacs à main en plastique.

Mais si cela ne vous suffit pas pour vous donner envie de descendre du carrousel avant que votre estomac ne se retourne, il nous faudra donc parler de Tesla. Le fabricant de voitures électriques (mais pas que) fondé par Elon Musk a pulvérisé tout ce que l’on pouvait imaginer être «rationnel» dans le monde de la finance. Tenez-vous bien, depuis le 23 mars, Tesla est en hausse de 500%! Le «PER» – le rapport du prix par rapport aux revenus – est de plus 450. A côté de Tesla, Apple ressemble à une société que l’on qualifiera de défensive. Je ne vais donc pas rentrer dans le détail du pourquoi du comment – au-delà du fait que Musk est un visionnaire et qu’un jour on comprendra pourquoi –, les investisseurs sont en train de perdre la tête. Les analystes n’aident pas, puisque de leur côté aussi, on est en train de péter les plombs.

On ne peut pas fondamentalement leur en vouloir. Si l’on se rappelle bien ce qui s’est passé entre le mois d’août 1998 et le mois de mars 2000 – jour où le Nasdaq a cessé de monter au ciel –, l’indice technologique avait explosé de 350% avant de se crasher. Si l’on compare avec ce que l’on vit aujourd’hui, on a encore largement le temps de s’emballer. Toujours est-il que les analystes ont déjà commencé à nous paver le chemin. Dans le passé, lors du dégonflement de la bulle internet, les analystes avaient été cloués au pilori. On leur reprochait des théories abracadabrantesques et d’avoir abusé de leur pouvoir. Les banques les avaient alors muselés en leur demandant d’être plus prudents, plus diplomates et d’utiliser un maximum de conditionnel dans leurs rapports avec la proposition «SI» tous les deux mots.

... de l’oubli

Sauf que la hausse appelle la hausse et que l’euphorie appelle l’euphorie. Depuis que certains titres montent au ciel et que le Covid-19 n’impressionne plus personne dans la finance – vu que l’on suppose que les conséquences économiques seront misérables, même si les 40 millions d’Américains au chômage ne seront peut-être pas d’accord –, les analystes ont dû se remettre au goût du jour. Et cela ressemble sacrément à ce que l’on a vécu en l’an 2000 – même si les mêmes analystes estiment que «cette fois c’est différent» (les «vieux financiers» se souviendront que ce sont les mots qui font le plus peur en bourse). Depuis quelques semaines, nous croulons sous des recommandations délirantes, Apple à 700 $, Tesla à 2500 $, puis à 3500 $. Des hausses attendues de 300% sur certains titres…

Bref, nous vivons une époque formidable. Sauf qu’il y a les masques et que moi je pourrais dire un jour: «Je vous l’avais dit que ça finirait par se péter la figure.» Mais peut-être pas tout de suite.

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