Bilan

Ces Romands qui concurrencent Zoom

Le confinement a obligé les entreprises à trouver rapidement des solutions informatiques pour tenir leurs séances. Or, il existe deux outils développés localement, à Genève et à Lausanne.

  • Mis au point à Lausanne par Nimag, BigBlueButton existait avant la pandémie.

    Crédits: Dr
  • A Genève, Infomaniak, dirigé par Boris Siegenthaler, a dû accélérer le lancement de sa solution Meet.

    Crédits: Lionel Flusin

Les particuliers connaissent surtout Skype, WhatsApp ou encore HouseParty. Ces applications sont devenues des références, mais elles ont des concurrents davantage axés sur le travail. Des outils comme Microsoft Teams – du géant américain – intègrent des tableaux blancs pour dessiner, des chats et salons de discussion ou encore une fonctionnalité pour faire taire le reste de la conférence.

Venue elle aussi des Etats-Unis, Zoom jouit également d’une forte présence dans le monde du travail, et notamment dans de grandes entreprises en Suisse, mais elle est victime de son succès. Passer de 10 à 200 millions d’utilisateurs est un cap difficile. Fin février, le FBI a ainsi annoncé devoir lutter contre une nouvelle forme d’attaques: celles de personnes qui s’invitent sur des vidéoconférences. Les liens ayant une base commune, n’importe qui peut s’y retrouver par hasard. «C’est la loi des grands nombres, affirme Steven Meyer, expert en cybersécurité chez ZenData. La probabilité de tomber sur un des plus de 200 millions d’appels par jour existe.» La firme est aussi accusée de revendre les données à Facebook à des fins de publicité ou encore de ne pas crypter les communications. Steven Meyer nuance: «En trois mois, Zoom a grandi comme des entreprises grandissent en dix ans.» Il souligne que la plateforme reste très simple d’utilisation: «On l’utilise en famille. N’importe qui y arrive. Il faut simplement définir ses besoins en confidentialité. Si la NSA décide de m’espionner, qu’elle s’introduise sur mon serveur Zoom ou Infomaniak ne fera pas grande différence…»

«Nous avons le savoir-faire»

Face au système américain, des solutions locales existent, comme celles des sociétés informatiques Infomaniak ou Nimag. «Nous étions à Lausanne au début d’internet, nous y installons désormais la fibre», annonce Lukas Schaerer, associé de Nimag. La société lausannoise a mis en place BigBlueButton avant la pandémie. En guise de fonctionnalités, elle compte un tableau blanc, un chat en marge de la conférence, un partage d’écran ou des sondages. «Nous testons le fait d’avoir de nombreuses personnes en même temps», affirme le patron avant d’ajouter: «Un professeur utilise notre solution avec sa classe, c’est intéressant à suivre au niveau des statistiques.» Il faut préciser que l’infrastructure requiert passablement de bandes passantes. «C’est pour cela que certains découpent l’écran et ne mettent pas plus de quinze flux vidéo à l’écran.» Si BigBlueButton est gratuite, le service mis en place est, lui, payant. «Avec la qualité et les fonctionnalités choisies, c’est gourmand en ressources. Nous serions vite saturés», confie Lukas Schaerer. Sa base de clients grandit, et il tente de convaincre politiques, écoles et entreprises de se tourner vers une solution locale.

De son côté, la société genevoise Infomaniak a aussi mis au point une solution. «Nous devions proposer quelque chose, car nous avons le savoir-faire et les ressources», annonce Boris Siegenthaler, son CEO. Son outil, baptisé Meet, existe dans une version gratuite et une payante. Cette dernière est mieux intégrée
au cloud kDrive, soit la suite qui compte les applications d’OnlyOffice. «A terme, nous aimerions que les conférences se notent automatiquement dans les agendas partagés», affirme Boris Siegenthaler. Pour l’heure, l’organisateur doit envoyer un lien.

A l’origine, l’outil de vidéoconférence devait sortir à la fin de l’année 2020. Les circonstances ont toutefois obligé les Genevois à sortir l’outil très rapidement. «Entre le vendredi et le mardi suivant, nous avions notre version. Il a fallu développer la maquette, obtenir les licences, réaliser la traduction, créer un support et développer les versions mobiles», raconte Marc Oehler, chief operating officer d’Infomaniak. En tout, une quarantaine d’employés ont été mobilisés pour réaliser cette première version. Les développeurs y sont allés doucement, mais sûrement. Ils ajouteront des fonctionnalités au fur et à mesure. «Il manque la possibilité de développer sur l’écran», reconnaît Boris Siegenthaler. L’équipe note déjà un bel engouement pour son outil de vidéoconférence. «Le fait d’être un hébergeur suisse et indépendant aide, affirme le CEO. Les personnes veulent la garantie que les données leurs appartiennent.» Le bouche à oreille ainsi que les mails lancés font que des milliers de conférences ont lieu à chaque instant. «Nous allons voir où se situe le plafond», avance Marc Oehler.

Gratuit ou payant

Pour Nimag comme pour Infomaniak, la solution des vidéoconférences part de l’open source. Les informaticiens ont à disposition une base, toujours plus testée et améliorée. La société genevoise a choisi l’application libre Jitsi. «Nous avons résolu des bugs et cherchons à apporter des fonctionnalités, comme rendre muets tous les participants sauf ceux qui parlent», précise Marc Oehler. Lukas Schaerer et son équipe sont partis sur autre chose. «Jitsi ne correspondait pas à ce que nous voulions», annonce le patron, qui parle de l’impossibilité de proposer du gratuit en raison de son modèle d’affaires. La société a opté pour BigBlueButton en raison des fonctionnalités présentes.

La question est désormais de savoir comment le télétravail va évoluer dans le monde des entreprises. La pandémie permettra peut-être de faire adopter de nouvelles pratiques. Lukas Schaerer avait réalisé un rapport sur la question en novembre 2019. L’entreprise mandataire avait décidé de ne pas poursuivre… jusqu’à l’arrivée du Covid-19 en Europe.


Avantages et inconvénients

Meet (Infomaniak)

Avantages: Gratuit, facile d’utilisation, partage d’écran, chat, vidéoconférence, nul besoin de s’enregistrer, serveurs sécurisés.

Inconvénients: Fonctionnalités en développement, synchronisation avec le calendrier.

BigBlueButton (NIMAG)

Avantages: Facile d’utilisation, sondages, partage d’écran, documents partagés, tableau blanc, serveurs sécurisés.

Inconvénients: 14 francs par mois pour la version basique, formulaire à remplir pour s’inscrire.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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