Bilan

Les robo-advisors ont le blues

Boudée par les investisseurs, la gestion par algorithme peine à s’imposer sur le marché de la gestion de fortune. Va-t-elle convaincre de son efficacité lors de la prochaine crise financière?

  • A peine 0,01% de la population en Suisse utilise la gestion robotisée.

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  • Alexandre Gaillard, fondateur d’InvestGlass, pointe un problème de positionnement.

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Délaisser son banquier et confier ses économies à un algorithme? Certains investisseurs ont été tentés d’automatiser la gestion afin d’assurer le bon équilibre d’un portefeuille en fonction d’un profil de risque défini au préalable. L’invention semblait prometteuse à ses débuts il y a une dizaine d’années. A tel point qu’en 2016, les analystes de KPMG prédisaient que les robots afficheraient 2000 milliards de dollars d’actifs sous gestion (ASG) d’ici à 2020, rien qu’aux Etats-Unis. Le cabinet Juniper Research estimait pour sa part que les fonds gérés par les robots seraient multipliés par douze entre 2017 et 2022, pour atteindre 4100 milliards de dollars au niveau global.

La réalité constatée reste très éloignée de ces prédictions. A l’échelle mondiale, les investissements gérés de manière robotisée représentent à peine 283 milliards de dollars fin 2019, selon une étude du cabinet Aite Group. Les estimations les plus optimistes avancent le montant de 660 milliards de dollars, soit 3% des 22 000 milliards que constitue l’ensemble des actifs sous gestion au niveau mondial. En Suisse, le marché du robo-advisory suit la même tendance. A peine 0,01% de la population utilise ce type de solution, contre 2% aux Etats-Unis, selon une étude publiée l’an dernier par l’Institut für Finanzdienstleistungen Zug. Le ratio des actifs gérés par les robo-advisors reste lui aussi faible en comparaison à la fortune totale en Suisse (0,01%).

Pas toujours innovants

Ce désintérêt des investisseurs, combiné à des difficultés techniques, contraint certains acteurs de ce marché à réorganiser, voire à fermer leurs offres automatisées. A l’automne, Allianz Suisse a ainsi annoncé l’abandon de son activité de gestion de fortune en ligne opérant sous la bannière ELVIA e-invest, en raison d’un manque d’intérêt des clients. La direction avance également «un développement du marché beaucoup plus lent que prévu». Même cas de figure du côté de la Banque Cantonale de Glaris (GLKB), qui a cessé de proposer son outil de conseil en investissement en ligne investomat.ch, lancé début 2015.

Alexandre Gaillard est le fondateur de la startup genevoise InvestGlass, qui propose une boîte à outils permettant de créer un robo-advisor. Pour lui, les difficultés rencontrées aujourd’hui par ce secteur s’expliquent en premier lieu par un problème de positionnement. «Aujourd’hui, ce type de système s’apparente plus à du self-service, où le client doit s’autoanalyser pour établir un profil de risque. Ces services ne peuvent évidemment pas remplacer un banquier senior ou un fiscaliste avisé.»

S’y ajoutent des frais de gestion souvent élevés et des stratégies d’investissement pas toujours si innovantes. «La plupart des plateformes font des propositions basées sur des fonds indiciels (ETF) qui ne suffisent plus à convaincre les investisseurs, explique Olivier Grandjean, directeur associé de la division Wealth Management du groupe de conseil et de technologie Accenture à Genève. D’autant plus que, dans le même temps, le marché a bien progressé. Dès lors, pourquoi devoir payer pour une proposition souvent générique venant d’un robot?»

Désintérêt de la jeune génération

Par ailleurs, l’expert relève que l’offre automatisée ne correspond pas à l’état d’esprit des millennials. «Les nouvelles générations portent une attention particulière à la transparence et veulent donner du sens à leurs investissements.» Selon lui, ces deux points expliquent le succès des plateformes de crowdfunding et de microfinance. «Dans ce cas, les risques sont faciles à comprendre et l’investissement intègre souvent un impact positif en matière de développement durable.»

Bon nombre de plateformes de robo-advisory ont misé sur des frais de fonctionnement plus faibles avec un service d’accès 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. «Mais le marketing, les ressources en personnel et les données nécessaires pour alimenter les algorithmes engendrent vite des coûts très importants, poursuit Olivier Grandjean. Les meilleures offres disponibles actuellement sont celles qui ont su créer des synergies avec leur modèle d’affaires existant, fournissant une assurance à moindres frais pour des investisseurs. Les acteurs qui ont créé une plateforme dont le succès était conditionné à un important gain de clients ont pris des risques considérables, comme certains le constatent aujourd’hui.»

Le succès de Swissquote

Ainsi, certaines plateformes actives en Suisse comme celles de Saxo Bank ou de Swissquote s’en sortent mieux. La banque en ligne basée à Gland recensait, courant 2019, plus de 225 millions de francs d’actifs sous gestion via sa solution robotisée. «Mais cela reste une activité secondaire pour notre chiffre d’affaires, admet le CEO Marc Bürki. Nous avions l’objectif d’atteindre 1 milliard de francs d’ici à la fin de 2020, nous serons plus proches des 400 millions. Cette offre connaît en effet un développement moins rapide que prévu.»

Qu’en est-il des évolutions qui pourraient donner un coup d’accélérateur à ce secteur? «Le modèle d’avenir repose sur une prise de décision adaptée à chaque client, qui lui permette de maximiser son objectif financier de vie, qu’il s’agisse d’acheter une maison, de financer sa retraite ou l’avenir de ses enfants, estime Olivier Grandjean, d’Accenture. Mais faire évoluer une solution vers une forme d’hyperpersonnalisation demande des investissements très conséquents.»

Reste une inconnue: la réaction des robots en cas de crise financière majeure. «Il est vrai qu’il est difficile de comparer une gestion robotisée et traditionnelle dans un marché euphorique, remarque Marc Bürki, CEO de Swissquote. L’année 2020 risque d’être marquée par des phénomènes de consolidation et sera une année intéressante à ce titre. Je pense que les robots s’en sortiront mieux que les gestionnaires traditionnels.»

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