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Linkedin: La foire aux chômeurs ou réel outil de réseautage?

Bien souvent réduit à une simple fonction de réseau social ou de pourvoyeur d’emploi, LinkedIn est pourtant en phase de devenir le nouvel outil indispensable du monde professionnel.

LinkedIn met en relation les professionnels.

Crédits: Pixabay

En moyenne, on compte trois nouveaux membres LinkedIn par seconde. Plus de 50 millions d’entreprises y ont déjà leur page dédiée et toutes les sept secondes une personne est embauchée grâce à ce réseau de professionnels. Des statistiques qui donnent le tournis mais qui illustrent parfaitement l’engouement général pour LinkedIn ces dernières années, avec pas moins de 14 millions d’utilisateurs sur la région DACH (Allemagne, Autriche et Suisse). 

Mais si son succès n’est plus à prouver, définir la fonction de cette plateforme s’avère plus complexe. On lui attribue souvent le rôle de pourvoyeur d’emploi ou bien de réseau social mais en réalité LinkedIn représente bien plus que cela et s’impose peu à peu comme l’outil incontournable des professionnels.

Peu de débouchés à l’horizon

Du point de vue de la recherche d’emploi et du recrutement, certains spécialistes sont dubitatifs. «LinkedIn s’avère utile quand il est couplé à un vrai réseau non virtuel, sinon c’est peine perdue. Cela revient à crier dans la rue que vous cherchez un emploi et personne ne vous répondra», affirme Chantal Baer, spécialiste marketing et fondatrice de Swiss House of Brands. 

Pour Linda Allan, associée du cabinet de recrutement Alec Allan, LinkedIn se veut intéressant pour la découverte de profils étrangers, hors de la Suisse, qui est un territoire très limité.

«Autrement, la plateforme n’est pas suffisante, poursuit Linda Allan. Avec les annonces en ligne, internet a multiplié par 100 le nombre de postulants, ce qui devient ingérable tant pour le candidat qui doit se démarquer, que pour l’entreprise qui doit effectuer un long travail de tri.» Un avis partagé par Chantal Baer, pour qui l’algorithme LinkedIn n’est pas assez spécifique pour trouver le bon profil. 

D’autant plus que, face à l’arrivée massive de dossiers de candidature, les sociétés finissent souvent par revenir chez les chasseurs de têtes. «Les ressources humaines (RH) n’ont pas le temps pour ces tâches-là, contrairement aux sourceurs qui connaissent leur métier. LinkedIn demeure donc une aide complémentaire mais ne remplace pas les experts du domaine», confirme Alexis Monnier, directeur d’Otherwise9, une entreprise de conseil RH.

Un outil facilitateur de contact

Bien que LinkedIn ne soit pas réellement un outil de recrutement en soi, il facilite néanmoins le contact candidat-employeur. «LinkedIn nous permet de rentrer plus simplement en discussion avec les profils visés. Par rapport à l'email, nos interlocuteurs peuvent voir qui nous sommes et savent automatiquement que nous les contactons pour des raisons professionnelles», précise Guillaume Alexandre, sourceur. 

Pour preuve, Florence Thellier, porte-parole d’Academic Work, assure qu’ils utilisent LinkedIn au quotidien pour sourcer des talents. Cela permettrait une approche «plus directe» que par le biais traditionnel.

Même son de cloche du côté de ManpowerGroup, l’entreprise mondiale de recrutement. «Pour nous, c’est un moyen de mise en relation très puissant. C’est pour cela que nous avons conclu un partenariat avec LinkedIn et aujourd’hui, nous ne pourrions plus nous en passer», commente Romain Hofer, directeur marketing et communication du groupe. 

Et si LinkedIn a su se rendre indispensable pour les chasseurs de têtes, les institutions aussi ont compris l’enjeu. Un an plus tôt, la police fédérale (FedPol) avait lancé une campagne de recrutement via LinkedIn afin de s’adresser à la jeune génération tout en restant professionnelle. «Dans ce type de postes, les institutions cherchent des candidats en nombre et ont tout intérêt à se servir de ces plateformes pour trouver du monde», indique Chantal Baer, spécialiste marketing.

Se créer une réputation virtuelle

Outre la mise en relation d’individus, LinkedIn est avant toute chose la nouvelle carte de visite des particuliers comme des entreprises. Nicolas Nervi, fondateur de l’agence de marketing spécialisée dans le digital, Smart Corner, explique pourquoi: «En 2020, nous ne pouvons plus simplement prétendre maitriser un domaine mais nous devons le démontrer.» Notamment en étant actif sur LinkedIn. 

Et par actif, Florence Thellier, porte-parole d’Academic Work, entend par là un travail de longue haleine. «Il faut partager, liker, commenter des choses sur du long terme pour avoir un réseau de qualité et se voir ensuite proposer des opportunités», assure la responsable communication. L’engagement des utilisateurs Linkedin s’est par ailleurs accru de 27% sur l’année passée.

Que ce soit pour développer son réseau, rechercher un emploi, guetter les talents ou promouvoir une marque, tout le monde a le même objectif: faire parler de soi. Autrement dit, «avoir un rayonnement professionnel dont on peut être fier» et «construire une communauté de personnes», décrit Fanny Comba, porte-parole de Jobcloud. Ce qu’a bien compris Greg Logan, fondateur de l’agence marketing DARE, dont le profil LinkedIn est suivi par plus de 123'000 personnes. «Je diffuse régulièrement des messages qui font écho auprès des gens. Je parle de mon métier, de ma façon de l’appréhender et cela plaît», déclare-t-il.

Aider les entreprises à communiquer

En jouant sur l’image de personnes actives ou d’entreprises, LinkedIn endosse également le rôle de vecteur de communication. Alexis Monnier, directeur d’Otherwise9, est convaincu que LinkedIn est le meilleur support de communication pour entreprises. «Il crée une habitude au logo, aux représentants, aux messages publiés et on crée ainsi tout un storytelling autour de la société», souligne-t-il.

A son tour, Mathieu Nadal, CEO de l’entreprise de communication Web Media Communication, voit un grand avenir pour LinkedIn et la communication d’entreprise. «C’est une plateforme réellement intéressante pour le B2B. Grâce à ça, les entreprises peuvent directement et quotidiennement s’adresser à leurs pairs ou futurs clients», conclut l’expert.


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Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle se débrouillait pour dégoter des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

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